Principales erreurs à éviter lors de la valorisation d'une entreprise

le 12/01/2015 à 11h42

Partager cet article:

L’évaluation d’entreprise ne constitue pas une science exacte et le jugement y joue un rôle prépondérant. Il s’agit d’un exercice périlleux, des erreurs pouvant subsister en dépit des contrôles effectués  et conduire à des décisions inappropriées.

Voici quelques précautions à suivre afin d’éviter de malencontreuses déconvenues.

 

La valorisation suppose au préalable une bonne connaissance de l’entreprise, de son environnement, du contexte de l’opération, des risques et évènements susceptibles d’affecter son activité. Une prise de connaissance approfondie et la réalisation d’un diagnostic interne et externe synthétisé sous la forme d’une matrice forces-faiblesses, opportunités-menaces, est recommandé.

Pour rappel, il existe quatre grandes familles de méthodes d’évaluation :

-      les méthodes analogiques ou approche externe (multiple observé sur des transactions comparables et appliqué à un agrégat comme par exemple l’EBITDA),

-      les méthodes intrinsèques ou approche interne (DCF, capitalisation de flux normatif de trésorerie),

-      les méthodes patrimoniales (actif net corrigé et réévalué avec rente de goodwill),

-      les méthodes propres à certaines professions.

 

Les deux premières familles de méthodes sont les plus couramment utilisées.

Il est recommandé de corroborer le calcul issu de l’une de ces familles de méthodes par le calcul issu de l’autre famille et de s’assurer que la divergence n’excède pas 20 %.

La méthode de valorisation doit être choisie en fonction du contexte : méthode des DCF pour une start-up disposant d’une bonne visibilité sur son business, capitalisation des flux pour une entreprise « en régime de croisière » ayant un résultat stable d’un exercice à l’autre, méthode patrimoniale pour un holding…

Lors de l’utilisation de la méthode des DCF qui repose sur les flux de trésorerie à venir, les éventuelles incohérences du business plan par rapport aux données du passé, à la stratégie suivie, à la capacité de production, aux parts de marché induites… doivent être recherchées et corrigées.

Un taux d’actualisation (coût moyen du capital) est utilisé dans la méthode des DCF. Il a une forte incidence (grande sensibilité) sur la valeur d’entreprise, un soin particulier doit donc être apporté à son calcul. Ce taux résulte de la somme pondérée du taux de rémunération des actionnaires et du taux de rémunération des créanciers financiers. Le coefficient de pondération est calculé sur la base des capitaux propres réels et de l’endettement net. Le taux de rémunération des actionnaires correspond à la somme du taux sans risque, de la prime de risque marché multiplié par un coefficient beta de risque sectoriel, d’éventuelles primes de risque spécifique et prime d’illiquidité. Il convient de choisir le bon coefficient beta correspondant au secteur d’activité, de le désendetter en fonction du ratio du secteur d’activité et de le réendetter en fonction du ratio d’endettement de la société calculé sur la base des capitaux propres réels et pas des capitaux propres comptables. La prime de risque spécifique et la prime d’illiquidité résultent du jugement de l’évaluateur.

Selon les méthodes appliquées (directes ou indirectes) le résultat obtenu concerne la valeur d’entreprise (si la base de calcul porte sur la rémunération des actionnaires et des financiers : multiple d’EBITDA, DCF) ou la valeur des capitaux propres (si la base de calcul porte sur la rémunération des seuls actionnaires : multiple du résultat net). Il convient d’éviter toute confusion.

La méthode des DCF additionne l’actualisation des cash flows futurs sur l’horizon explicite et la capitalisation du cash flow normatif (valeur teminale) pour la période ultérieure. Cette valeur terminale est déterminée à l’aide d’une formule utilisant le taux d’actualisation précité et le taux de croissance à l’infini. Ce dernier doit concorder avec la croissance du secteur d’activité à long terme. Le cash-flow normatif correspond en principe au dernier cash flow prévisionnel corrigé des données non récurrentes. La valeur terminale ne doit pas excéder 80 % de la valeur de l’entreprise. 

La valeur des capitaux propres est obtenue en retranchant à la valeur d’entreprise le montant de la dette nette. Celle-ci inclut la trésorerie déterminée à partir du BFR normatif et non pas du BFR à une date donnée qui n’est pas représentatif du BFR moyen. Les indemnités de fin de carrière sont à inclure dans la dette nette de même que les provisions pour risques décaissables, les engagements de crédit-bail, les comptes courants intra groupe, les actifs hors exploitation, les impôts différés, les intérêts minoritaires. 

Lors de l’utilisation d’une méthode analogique, il convient de choisir un échantillon d’entreprises réellement comparables en termes d’activité, de taille, de performances et de business model. Toute la difficulté réside dans la constitution de cet échantillon. Les données financières relatives aux sociétés de l’échantillon devront avoir une ancienneté inférieure à 12 mois.

On le voit, la valorisation d’une entreprise nécessite un certain niveau d’expertise et surtout de l’expérience, condition essentielle pour exercer correctement son jugement. Elle suppose l’intervention d’un spécialiste. Il est indispensable que ce dernier détaille, justifie et « challenge » ses choix pour permettre une bonne interprétation des résultats.

 

 

 

Stéphane LEPINE

CLP & Associés

s-lepine@wanadoo.fr

Posez une question publique
Aucune question
Votre nom :

Votre e-mail :

Votre question :