Les paradoxes du financement des PME

le 24/10/2012 à 08h31

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L’examen de la situation du financement des PME en France en 2012 aboutit à un constat paradoxal.

Les observateurs s’accordent sur les progrès très importants accomplis par les PME nationales dans la maîtrise de leur structure de bilan depuis la fin des années 90 et sur le fait que cette maîtrise leur a permis d’affronter le choc de la crise de 2008-2009 dans des conditions bien meilleures qu’en 1993 ; le raccourcissement des délais de paiement résultant de la loi LME y a contribué. La part des fonds propres dans le total des bilans des PME a régulièrement progressé et dépasse la moyenne européenne ; cela est moins marqué pour les firmes industrielles, plus durement touchées par la crise que les entreprises de services. Tout s’est passé comme si, pour conserver leur autonomie et financer leur développement, les patrons de nos PME avaient régulièrement décidé au cours de la décennie 2000 de mettre en réserve une part importante des bénéfices réalisés.


Ainsi en 2012, dans l’ensemble, la situation financière des PME paraît plutôt favorable : leur taux d’endettement global est stable et leur solvabilité s’est améliorée. Contrairement à une idée reçue, l’accès au crédit des PME a également bien résisté en 2009-2010, après une brève période de forte tension. La crise a certes entraîné un fort ralentissement de la progression du crédit aux PME sans toutefois réduire les encours, grâce notamment aux dispositifs publics de soutien mis en place pendant la crise et ayant contribué à limiter un rationnement du crédit.


Le paradoxe de ce constat positif est que cette maîtrise reflète aussi une réduction importante des investissements (de l’ordre de 20% probablement) et pas seulement dans les BFR. Cette réduction, point de passage obligé en période de crise, n’est pas porteuse d’une bonne performance économique future en particulier lorsque ces baisses concernent des investissements de productivité.


Cette stratégie d’autonomie s’est également traduite par un insuffisant travail de rapprochement des PME en vue de former des ETI plus solides et mieux armées pour l’innovation et la grande exportation sur les marchés aujourd’hui les plus dynamiques.

La question-clé d’aujourd’hui paraît relever davantage d'un problème de taille et de positionnement stratégique de nos PME, particulièrement industrielles, que d'un problème de financement. Mais demain, à cette problématique nationale pourrait bien s’ajouter aussi la question de l'accès aux financements externes, bancaires et en fonds propres.


Préoccupante est en effet la série de facteurs négatifs qui pourraient nuire fortement au financement des PME dans les prochaines années s’il n’y est pas apporté de remède.
On n’insistera pas sur le contexte budgétaire dans lequel la réduction des déficits passera par une pression fiscale accrue. Nous souhaitons seulement que les PME soient moins touchées que les grandes entreprises et que l’investissement, la R&D et l’implantation directe à l’étranger soient fiscalement encouragés.


La remise en ordre du système financier (Bâle III, Solvabilité II) va immanquablement peser sur la capacité des banques à fournir le crédit et sur celle des assurances à contribuer au renforcement des fonds propres des PME. En 2011, les levées de fonds des sociétés de gestion françaises n’ont une nouvelle fois pas été à la hauteur des montants qu’elles ont investis (10 milliards d’euros). Ce « gap » ne fait que s’accroître depuis 3 ans (5 milliards d’euros sur 3 ans).

Deux sources de financement complémentaires sont possibles : l’État (Oséo, la CDC, le FSI et le FSI-régions) et les particuliers épargnants. Le dispositif public se structure et s’étoffe. Des moyens conséquents sont mobilisés.


Le rôle des particuliers dans le financement des entreprises, incontournable, est pourtant incertain. Il est paradoxal que l’assurance-vie qui bénéficie de très coûteux avantages fiscaux soit orientée vers le financement des déficits de notre Etat et très peu vers l’investissement dans nos PME. Il est plus que temps que l’épargne des particuliers soit davantage mobilisée vers les PME par les fonds et par les marchés financiers au moyen de mécanismes puissants (garantie partielle des risques par la puissance publique), diversifiés (obligations et pas seulement fonds propres) et stables !

 

Philippe LAURENT, associé chez Linkers

 

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